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Attachement, Angoisse et IGNATIA

INTRODUCTION:

Le temps était venu d’envisager le développement d’un grand remède homéopathique, déjà souvent cité « IGNATIA AMARA ».

Son champ d’activité est très vaste et se trouve sans équivalent en médecine officielle, si ce ne sont les anxiolytiques* qui recouvrent une partie seulement de son action, avec toute la réticence que l’on connaît à la prescription. Son usage est de plus est tout à fait adapté aux premiers âges de la vie, sans dépendance ni toxicité. Serait-il le remède idéal de beaucoup de souffrances?

En premier lieu il soigne l’angoisse de la séparation, que celle-ci soit réelle ou symbolique: tout renoncement ressenti douloureusement à quelque chose ou à quelqu’un est un petit ou un grand deuil.             Si c’est par rapport à une chose ou à une situation, l’empreinte morale laissée par l’épreuve sera moins durable, mais gare à l’accumulation…Si c’est un renoncement à la présence d’une personne aimée et ou source d’amour, cela peut durer toute une vie.

Personne n’y échappe, hommes, femmes et enfants, de tous âge et de toute condition. Tous égaux devant l’épreuve? Oui pour l’épreuve et moins sur la façon dont elle nous affecte. Les personnes les plus sensibles à ressentir une tristesse grandissante sont celles qui sont introverties sur leurs émotions. Cela pourrait même signifier qu’une prédisposition innée a déjà donné une particulière sensibilité aux évènements déprimants… Ils font partie des « types sensibles »*, même avec leur remède, tout comme Pulsatilla, Ambra Grisea, Moschus et Actéa Racémosa.

Mais l’action de notre remède homéopathique va bien au delà de la simple angoisse de séparation par rapport à une figure d’attachement, comme l’expriment les psychologues et psychanalystes, car il soigne l’angoisse avant, la douleur pendant, et la tristesse après, ainsi qu’un état d’âme morose qui s’installe, et même tous les symptômes de la somatisation* de l’angoisse et du deuil (à ce sujet voir le chapitre intitulé « la mort en soi »). Nous pouvons même rajouter qu’ Ignatia, par extension, soigne la personnalité et les troubles comportementaux définie par une extrême intolérance à la moindre contrariété.

Mais pour arriver à des troubles liés à une séparation, il faut d’abord « s’attacher’. C’est la raison pour laquelle j’ai pensé utile de partir de la théorie de l’attachement telle qu’elle  est démontrée expérimentalement par les chercheurs en psychologie, pour ensuite montrer les correspondances possibles entre nos remèdes (et même nos diathèses*) et les différents schémas réactionnels décrits.

Précisons également que, dans ce domaine sensible en particulier, le traitement homéopathique n’exclut aucune des techniques de rééducation psychologique et comportementale. Il est seulement facile d’accès et doit être une première intention en médecine familiale, en l’absence de médecin qualifié pour vous conseiller en thérapie homéopathique. Cette absence deviendra grandissante, ce qui me motive d’autant plus pour vous partager cette expérience.

(*pour les mots compliqués de notre sémantique médicale je vous renvoie à un chapitre glossaire dédié aux définitions. Ils seront signalés par une astérisque)

EMPREINTE et ATTACHEMENT

Après les travaux de Karl Lorenz sur les oiseaux dans les années 50, la notion d’« empreinte » a été définie pour ces animaux:  ils s’attachent à l’image qu’ils voient au sortir de leur coquille, et c’est cette personne, humaine ou animale qui va être intégrée comme parent. (actuellement des oies sauvages sont élevées pour voler à côté d’un ULM, pour commercialiser le vol demandé par un client; en réalité elles ne suivent pas l’ULM mais uniquement le pilote qui les a élevées selon la théorie de Karl Lorenz).

 

 

 

 

Le psychanalyste britannique John Bowlby en 1958 a défini la théorie de l’attachement qui traite de l’évolution de la relation entre les êtres humains, à partir de la naissance. Un bébé naît avec des savoir-faire qui lui permettent progressivement de communiquer avec le monde extérieur, et d’établir, pour survivre, les premières relations sociales, ce qui a fait dire au célèbre psychanalyste anglais Donald Winicott « qu’un bébé tout seul, ça n’existe pas! », également que « la parentalité est aussi importante pour la nation que le premier ministre, car elle est la seule base d’une société saine » ou que « le bonheur de l’humanité ne dépend pas du confort ou du modernisme, mais de la manière dont les parents ont élevé leur enfant ».

Pour simplifier, dans les six premiers mois l’enfant va surtout apprécier la personne qui le nourrit. Entre six mois et deux ans va s’établir une autre relation avec la ou les personnes qui s’occupent de lui le plus souvent, et avec une bonne cohérence avec la demande. Ce donneur de soins est appelé par le nom anglais caregiver, qui reste le terme utilisé en psychologie. Il est certain que la première figure d’attachement est le plus souvent la mère biologique, mais en réalité; en cas de carence, toute personne et en particulier le père, une mammy, ou même une personne affectée au caregiving peut remplacer cet attachement à la mère. Ceci met à part la notion d’affection et d’amour qui mettent en jeu d’autres intégrations.

A partir de cette figure d’attachement peut s’établir une « base de sécurité » qui met en jeu l’instinct de conservation, mais qui engendre par la même occasion, l’angoisse de la séparation, l’anxiété par anticipation de la séparation, ou l’alarme face à un danger supposé réel. Nous reviendrons plus tard sur ces notions, en y opposant des remèdes homéopathiques concordants.

 

Le débat entre les partisans de l’attachement par le nourrissage et ceux qui mettent en avant le caregiving, a été définitivement clos par les expériences du psychologue américain Harry Harlow, dans les années 70, en plaçant un bébé macaque séparé dès la naissance de sa mère, devant deux mères virtuelles, la mère « fil de fer » qui lui donne le biberon, et la mère « tissu doux » qui ne lui donne rien.  Le bébé macaque ne se sent sécurisé que par la maman tissu doux, vers laquelle il revient à chaque stress, ne la quittant que lorsque la faim le tenaille.

Passé l’âge de deux ans, l’enfant peut réaliser que son caregiver est indépendant de lui et peut construire d’autres attachements en fonction des prises de conscience des sentiments ou des actions d’autres personnes, et donc moduler ses actions.

D’ailleurs, il peut construire d’autres figures d’attachement « secondaires », toujours dans un objectif de garder la sécurité, en plaçant ces personnes selon un organigramme pyramidal, laissant la première figure d’attachement au sommet.

Par la suite, vers quatre ans, avec l’acquisition de nouvelles compétences et l’exploration de l’environnement, le stress de la séparation peut s’atténuer et disparaitre lors du développement de la confiance en soi (qui ne s’accomplira que dans une ambiance sécure) . Se développent alors les périodes de « négociations » avec le caregiver.

En grandissant, vers sept ans, l’enfant prend conscience de l’existence de ses pairs avec lesquels il complexifie ses relations sociales, et qu’ils pourra prendre pour figures d’attachement secondaires (indisponibilité des caregivers parentaux). Ceci atténue l’importance de l’image parentale, qui reste pourtant le centre de leur univers.

Les travaux sur l’attachement ont été complétés parla psychologue américaine du développement, Mary Ainsworth, qui, par ses études notamment sur des couples mère-enfant en Ouganda, et en utilisant en particulier « l’étrange situation ». Elle publie en 1967 une classification des différents schémas réactionnels des enfants en fonction du comportement du caregiver (les psychologues utilisent le mot anglais schèmes)

Quatre schèmes d’attachement:

-a) le schème sécure:      

(65 % d’une population générale, et 35 % pour les autres schèmes) l’enfant construit une bonne base de sécurité par la proximité du caregiver, ce qui lui permet de progresser dans l’exploration et la confiance en soi, avec un caregiver qui répond rapidement et de manière appropriée à la demande. L’enfant proteste lors de son départ mais à son retour, reprend ses explorations. Le caregiver d’attachement est nettement préféré aux étrangers.

-b) le schème évitant:

l’enfant paraît assez indifférent, échangeant peu, même pendant les jeux, manifestant peu de détresse lors de la séparation et de même au retour. Il peut même se détourner quand il est pris dans les bras, ne faisant aucun effort pour maintenir le contact. Les étrangers sont traités de la même manière. Le caregiver s’est montré peu répondant au stress de l’enfant, ou de manière distante, avec une nette tendance à faciliter l’indépendance en décourageant toute manifestation de pleurs.

-c) le schème ambivalent/ résistant:  

 L’enfant n’a pas établi sa base de sécurité. Il recherche la proximité avant la séparation. mais de manière ambivalente, car Il manifeste de la colère quant le caregiver  s’éloigne, tout en résistant au moment de son retour. Il reste préoccupé et stressé par la médiocre disponibilité de son caregiver, tout en ne manifestant pas de vraie sympathie pour lui, mais plutôt des bouderies. Il n’est pas non plus consolable par un étranger. Marry Ainsworth l’a attribué au comportement du caregiver, soit inapproprié, soit négligeant, soit incohérent.

(C’est le cas le plus pathétique, car il manifeste une certaine dépression affective qui, à mon avis, correspond à Natrum Muriaticum, dont nous avons déjà parlé, mais si l’interrogatoire homéopathique peut retomber sur les mêmes schèmes réactionnels, il rajoute la composante de l’inné, en particulier la notion de dépendance affective du tuberculinique, accentuant ainsi les imperfections relationnelles avec le caregiver, alors que la théorie précédente axe l’essentiel sur l’acquis.

-4) le schème désorganisé:

l’enfant ne développe pas de stratégie organisée d’attachement, se comporte de manière peu cohérente et désorganisée, voire imprévisible et instable, parfois figée. Le caregiver a été lui ,figeant, ou trop anxieux (Gelsemium) se tenant en retrait, négatif (Thuya) avec confusion des rôles, une mauvaise communication affective, ou alors comportement intrusif, voire abusif, allant jusqu’à la maltraitance. Ceci compromet la confiance en soi et les explorations, donc le développement psychologique équilibré. (nous allons dans ce cas vers un comportement de type luétique*, où la encore la note congénitale ne peut être négligée)         

Notons que le quatrième schème a été rajouté  par les chercheurs de l’université de Berkeley, pour compléter le travail de Mary Ainsworth.

Notons également que si le schème sécure est le plus répandu et le plus confortable, il peut aboutir également à des trop « ‘bons » enfants, par des trop « bons » parents, dont se méfiait Donald Winicott et qu’il nommait les « faux moi »(nous l’avions ébauché dans « l’enfant modèle » timide correspondant à Pulsatilla, dont le remède présente la particularité de lever le carcan du « surmoi »)

A l’inverse les schèmes évitants (« non optimal ») peuvent permettre à l’enfant, dans les meilleurs cas, de développer sa personnalité plus indépendante, plus solide, moins anxieuse, à force de confronter ses expériences répétées avec ses caregivers,  construisant lui même son courage face aux épreuves ,tout en diminuant certainement la sensibilité affective, (au pire,  l’égoïsme et le matérialisme de Sulfur).

Qui a eu plusieurs enfants sait qu’il est difficile de les éduquer tous de la même manière et qu’il faut s’adapter pour trouver le mode d’emploi idéal!

L’attachement chez l’adulte est la suite logique de celui de l’enfant et quatre types ont été décrits (Cindy Hazan et Philip Shaver en 1980): sécure (parfait?), anxieux-soucieux (Thuya), distant-évitant (Natrum Muriaticum), et craintif évitant (Gelsemium). (notons que ces quatre types ne laissent pas de place pour la violence qui est pourtant le résultat de la méfiance envers le milieu social, de la désorganisation, de la sensation de rejet, avec difficulté à s’intégrer dans le « système ». Ceci correspond à la révolte de la luèse* (Hépar Sulfur et Tarentula Hispana) et à celle du tuberculinisme* blessé représenté par TK (Tuberculinum de Koch) et dans une moindre mesure par le duo Natrum Muriaticum-Staphysagria). Nous ne détaillerons pas plus ces états, considérant que les chapitres déjà traités et d’autres  apporteront des éclaircissements)

 

ANGOISSE DE LA SEPARATION

 

Nous ne pouvions pas définir la séparation sans parler de l’attachement qui la  précède obligatoirement. Une première angoisse, inconsciente et réflexe, naît avec nous quand nous quittons le cocon douillet et moite du liquide maternel. Après un presque saut à l’élastique, puis pendus par les pieds par une main ferme, nous percevons un bruit fort: « c’est un garçon! » S’ensuit une aspiration violente des trous de nez et de la trachée, par un tuyau plastique. Que cela doit être douloureux à vivre!

il est fort probable que le problème de la séparation doit être plus conscientisé et ne peut se développer qu’après un « attachement », comme, il a été défini plus haut. Par contre, je tiens à souligner, par l’expérience de plus de quarante ans d’interrogatoires de femmes enceintes, et pour avoir souvent contribué à traiter le résultat de cette grossesse que deux paramètres sont prévalents: l’ambiance affective de la mère et la sensibilité affective de l’enfant (lui même, reflet de celle de sa mère qui l’a créé « à son image).

l’ambiance affective de la mère

Nous n’évoquerons pas toutes les névroses dont la mère peut manifester certains symptômes, mais seulement les cas fréquents et dont la pathologie est facile à comprendre. Il arrive que la mère, ayant construit un attachement précoce et intense (grossesse « précieuse »), ait une peur aussi forte de perdre le foetus. Nous soignons cet état avec Ignatia  9 CH, et il faut savoir que cette incertitude qui concerne les douze premières semaines d’aménorrhée, correspond à la période nauséeuse où les hormones gonadotrophines placentaires stimulent le corps jaune, jusqu’à ce que le placenta prenne le relai. Les angoisses, les nausées, la fatigue, les « envies » de la grossesse sont donc quasi physiologiques. Il en est autrement quand la mère s’attend à un deuil pendant sa grossesse, avec tristesse et angoisse de la perte de la figure d’attachement parental (voir le chapitre sur la mort en soi ou la vie à deux vitesses) Le deuil sera perceptible par le bébé pendant la grossesse et après la naissance, pendant l’allaitement, si la mère fait une fixation sur la perte de l’être cher. Le bébé peut avoir des comportements anxieux (plus que normalement) ou avoir peu d’appétit, sauf avec un autre caregiver, comme la nourrice par exemple. Il faut donner Ignatia 9 CH au duo mère-enfant. Nous ne ferons que signaler, parmi d’autres évènements pathétiques de la grossesse, la situation (possiblement) ressentie par le foetus, si la mère a envisagé, même pendant un temps court, la possibilité d’une interruption volontaire de grossesse. L’ambiance de mort et l’angoisse celle-ci, peut être déterminante pour l’enfant, et obsédante dans les premières années de son existence (Arsenicum Album).

Il est à noter que pendant la grossesse ou pendant l’allaitement, vous soignez l’enfant en soignant la mère.

la sensibilité particulière de l’enfant:

comme nous l’avons dit, l’inné peut prendre le pas sur l’acquis, ou celui-ci peut venir renforcer la tendance naturelle de l’enfant. Il s’agit d’un enfant délicat (il est difficile de percevoir avec certitude ce comportement avant six mois) qui est une vraie éponge par rapport à son entourage. Il est triste quand l’ambiance est triste, et gai quand celle-ci l’est également (voir le passage sur Ignatia dans « les troubles de la rentrée scolaire »).

L’hospitalisation dans les premiers mois, soit du nourrisson, soit cas trompeur et souvent oublié dans l’anamnèse, celle de la maman, correspond plus à Silicea (voir » les enfants déminéralisés »). En effet le bébé n’ayant pas encore bien pu définir l’attachement, semble plutôt ressentir une sensation d’abandon affectif (« un bébé ça n’existe pas tout seul »). Néanmoins cette réaction dépend encore du terrain, car on peut voir un enfant né de césarienne en urgence pour malformation cardiaque et opéré deux fois en quelques jours et ne pas vivre la dépression anaclitique prévisible, ce qui confirme la phrase populaire énonçant que: dans certaines épreuves de la vie, »si on en meurt pas on en ressort plus fort »(résilience). Il pourra néanmoins traverser, en grandissant des moments de « petit cafard ». pour lesquels quels Ignatia sera d’un grand secours. (il est bon de faire dessiner l’enfant sur ses souvenirs plus ou moins inconscients)

 

 les symptômes de l’angoisse de séparation

 

D’abord, une définition simple: angor=serrement. L’angine serre la gorge en avalant, l’angoisse donne une boule à la gorge, même sans avaler (le globus hystéricus des anciens). L’angoisse serre, l’anxiété ne serre pas. L’anxiété évoque la peur, fait trembler, donne des palpitations, donne envie de fuir ou paralyse, fait aller uriner ou aller en diarrhée, pour pouvoir courir plus vite . Elle est prévisible (la veille d’une épreuve) et correspond souvent à l’appréhension d’un évènement venant de l’extérieur, et elle est d’ordre neuro végétatif.(Argentum Nitricum 15 CHpour celui qui part en courant et Gelsémium 15 CH pour celui qui est paralysé, figé par la peur). L’angoisse, elle, est imprévisible, mais parfois rappelée par un souvenir sensoriel, une image, une odeur, un lieu (angoisse réactionnelle).

L’angoisse oblige à passer par « la porte étroite ». Elle survient quand on ne l’attend pas car la cause n’est pas toujours clairement conscientisée. Elle est d’ordre affectif, même si le sympathique est sollicité lors de décharges d’angoisse (palpitations diarrhées, comme dans le cas précédent).Il peut y avoir un noeud à l’estomac, ou remontant à la gorge, des soupirs (pour décontracter le diaphragme), des bâillements (pour décontracter les mâchoires). Le serrement peut concerner la tête, avec une barre au dessus des yeux, d’une tempe à l’autre, ou en clou dans la tempe (la migraine en « clou » d’Ignatia). A noter l’exquise sensibilité aux odeurs typiques de ces personnes. Une odeur de fumée de tabac est détectée à plusieurs mètres, ainsi qu’un parfum « entêtant » de femme, une odeur de peinture, qui provoquent malêtre ou même déclenchent la migraine (l’excitation du cerveau émotionnel excite le rhinencéphale voisin).

L’angoisse peut rendre l’appétit variable et capricieux. Ce sont des états où la boule à la gorge empêche d’avaler, et si on force, on provoque nausée ou vomissement, alors même que les nausées de onze heures sont aggravées à jeun et améliorées en mangeant, car tout est paradoxe chez la personne Ignatia. Elle a plus de mal à avaler des liquides que des aliments solides, elle a plus d’hémorroïdes en ayant la diarrhée, alors qu’on attend le contraire, et souvent elle digère un cassoulet, alors que la veille elle avait calé sur un jambon salade. Car cela dépend souvent, et l’on dit même que si une personne répond au moins trois fois  « ça dépend »dans son interrogatoire médical, il faut penser à Ignatia…En fait cela dépend…de son humeur. L’enfant ne déjeunera pas les jours d’école, car il appréhende la séparation d’avec sa mère (son caregiver de référence et sa base de sécurité) alors que si l’on invite des cousins l’appétit sera très fort, car cela dépend plus de l’ambiance qui est autour de la table que de ce qu’i y a dans l’assiette. A l’inverse, j’ai vu des nourrissons de quelques mois serrer les lèvres quand la maman approche la cuiller, alors que la nourrice témoigne du bon appétit de l’enfant, ce qui ne fait qu’angoisser la maman, ce qui aggrave le symptôme, vous l’aurez compris. Le bébé fait la tête et veut punir la maman de l’avoir mis en nourrice…

C’est le remède des repas tristes et de l’ambiance lourde des disputes de la période du pré divorce, avec l’angoisse de perdre les repères du foyer parental. Cela peut devenir une porte d’entrée dans l’anorexie. C’est l’ambiance de tristesse  qui règne autour d’une mère cancéreuse, ou à la veille de la mort d’un partent aimé. C’est le paradoxe d’un deuil stoïque, alors que l’on attend un effondrement (les grandes douleurs sont muettes). C’est aussi la tristesse du veuvage, ressentie comme un vide, que rien ne peut combler. C’est l’angoisse de rester seul, sans amour à recevoir…ou de se sentir séparé de Dieu pour une personne religieuse (la nuit de l’esprit).

C’est aussi le remède de l’humeur changeante, passant du « fou » rire (tiens, quelle drôle d’expression!) à la tristesse la plus profonde, car Ignatia est aussi un remède thymo régulateur, quand l’excitation n’a pas encore été remplacée par l’asthénie*, et que l’angoisse non encore conscientisée, laisse place aux symptômes physiques. Nous sommes là dans un système « on-off », car le sujet change d’humeur, aussi vite que les nouvelles bonnes ou mauvaises lui arrivent. Il faut se rappeler, que quelle que soit la profondeur apparente de sa neurasthénie (ancienne dénomination) il sera une toujours amélioré par une distraction. Mettez lui un film drôle, changez lui les idées, sortez le, il se sent bien, et même joyeux, mais aussitôt que la distraction s’arrête, qu’il referme sa porte, c’est un peu comme si un rideau de fer noir retombait devant ses yeux. Cette alternance montre que le sujet n’est pas encore atteint en profondeur. (Ignatia  5 CH). Il faut éviter la 7 CH car elle fait pleurer, et parfois longtemps. Elle fait sortir les émotions retranchées dans les angoisses. .Elle est réservée à ceux qui pensent « qu’ils se sentiraient mieux s’ils pouvaient à nouveau pleurer ». 

La période prémenstruelle (trois jours avant les règles) est particulièrement pénible et l’état devient anxio dépressif, car la chute hormonale fait diminuer la sensibilité des récepteurs de la sérotonine. La femme est triste, énervée, fatiguée, migraineuse, avec des envies de pleurer ou de crier, ou de s’isoler. Par contre une présence affectueuse et compréhensive du conjoint est acceptée. Les règles sont très foncées avec des caillots et souvent malodorantes (ce qui ne correspond pas uniquement à l’hypersensibilité typique de l’odorat, ni à l’odeur habituellement forte du sang). Un des signes les plus objectifs est représenté par la couleur du sang des règles qui redeviendra rouge plus vif et non odorant par la prise régulière d’Ignatia 9 CH, car la période prémenstruelle est, d’après moi, le résultat de l’angoisse du mois. On pourra donner une dose globules d’Ignatia 15 CH à J-3, mais les dés sont jetés, et la situation s’améliorera plutôt au cycle suivant.

Le paroxysme de la douleur morale est vécu par une femme qui a perdu un enfant. En période prémenstruelle, la tristesse du deuil lui revient en pleine tête, avec souvent une part de culpabilité, qui empêche tout envie de se  distraire et peut faire rejeter le conjoint. Ignatia 30 CH une dose globules à J-3, jusqu’à ce que le deuil devienne surmontable, ou supportable, car rien jamais ne pourra l’effacer.(« ce jour là, j’ai ressenti une douleur d’arrachement dans mon ventre »)

L’angoisse empêche de s’endormir, alors que la dépression fait plutôt se réveiller en milieu de nuit. L’enfant Ignatia peut pratiquer le rituel de « la main » ou même d’une mèche de cheveux pour s’endormir. Il peut se réveiller vers cinq ou six heures du matin pour venir faire un câlin, probablement pour conforter sa base de sécurité avant le départ à l’école. L’adulte va encore plus ressentir les effets du manque de sommeil qui aggrave la fatigue, les migraines et l’hypersensibilité sensorielle (températures extrêmes, lumières , odeurs ou bruits forts). A force de lutter seul contre son angoisse, la personne ressent progressivement s’installer un état anxio-dépressif, et l’insomnie de milieu de nuit apparaît, avec son cortège de coups de pompe et de bâillements le lendemain. Le café est recherché mais il aggrave la fuite et la carence en neuromédiateurs*, donc la fatigue en excitant l’hypersensibilité. L’alcool peut avoir les mêmes effets, mais pas le chocolat…d’autant qu’il existe souvent une petite note de spasmophilie sensibilisant le sujet au manque de soleil.

Quelqu’un, enfant ou adulte, qui alterne mal de ventre, nausées et mal de tête sine materia (sans raison objective) manifeste de l’angoisse (masquée par les symptômes physiques). Chez l’enfant le mal de ventre est souvent localisé dans le flanc droit, au niveau de l’appendice, mais en surface. Par contre une séparation des parents peut aussi déclencher une vraie appendicite, avec une difficulté diagnostique…

Si vous avez des contractures dans le cou ou dans les épaules, en rapport avec une ambiance tendue autour de vous, parce que vous « tendez le dos » (ou l’échine…), prenez Ignatia 4 CH plusieurs fois par jour. (la contracture peut se déplacer et affecter d’autres muscles). C’est la même tension émotionnelle qui peut donner des tics aux enfants, ou une toux nerveuse (4CH également).

L’angoisse peut provoquer des crises, mais l’angoisse d’avoir une crise peut déclencher la crise, et la » peur d’avoir » peur ou d’être malade est tout aussi justiciable d’Ignatia.

La démotivation qui incite à aller au travail à reculons, parce que les moments à venir sont peu gratifiants, ennuyeux ou anxiogènes, appelle Ignatia 15 CH.

L‘ennui, c’est déjà porter un petit deuil, c’est déjà, quel que soit l’âge de la personne, un renoncement douloureux à une situation plus joyeuse. Un enfant qui vous dit « maman, je m’ennuie » est déjà justiciable d’Ignatia, car il n’est plus capable de se trouver une occupation tout seul; alors donnez lui quelques granules, ou mieux, asseyez vous par terre, et initiez une activité pendant quelques minutes, car c’est peut être justement le temps passé sans vous, volé par vos occupations, qui l’a mis dans cet état (attention, les écrans, les dessins animés, ne font que distraire l’ennui). Un enfant, un pré ado, peut porter longtemps » l’ennui « d’avoir été séparé de ses amis et camarades, par le déménagement obligatoire des parents et le changement d’école imposé.

en conclusion, Ignatia est une « gomme à chagrin »
même si vous avez du mal à me croire, et plus le chagrin est intense et ancien, et plus il vous faut monter la dilution. Notre cerveau limbique* est comme une calculette, il additionne les plus et les moins. Une peine, une émotion déprimante est un moins, et une bonne nouvelle, une joie devient un plus. Et un plus efface un moins.
Quand nous n’avons que des émotions négatives à retenir, parce que la vie aussi nous y a trop rendus sensibles et quasiment allergique à la moindre contrariété, alors le spleen s’installe et des nuages sombres commencent à flotter dans notre cerveau , comme les petits drapeaux noirs sur le crâne de Charles Baudelaire. Alors, sachons nous ménager des espaces temporels et spatiaux, où nous pourrons remettre notre calculette à zéro, appuyer sur reset comme si rien ne s’était jamais passé. La santé, c’est aussi d’être à jour dans ses émotions et de ne rien stocker de préjudiciable.  Et prenons Ignatia quand le noir s’incruste dans notre cerveau malgré nos efforts.
Au fait, pourquoi appelle-t-on cette souche Ignatia Amara?  Parce que la déception est aussi amère que cette fève,  et que son découvreur, un père jésuite l’a nommée comme son saint patron…
Saint Ignace lui même ne disait-il pas : »dans la vie, il y a une succession de désolations et de consolations ».

 

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