TK Tuberculinum de KOCH

février 16, 2019 PSYCHOLOGIE

Nous avons bien ébauché la description du tuberculinisme, ce qui rend un peu plus facile la description de Tuberculinum. Vous allez y découvrir des symptômes communs à de nombreux remèdes de la série tuberculinique, car il en est le chef de file. C’est un peu comme si TK déployait devant vous un kaléidoscope de tableaux proches, dont chaque remède traiterait une particularité de l’éventail des pathologies, ce qui est bien commode étant donné l’extrême variabilité des réactions des personnes concernées.

Le psychisme

Le sujet TK est particulièrement complexe à définir, car il faudrait décrire un immense cloud de pensées alternantes évoluant en zigzags , comme le petit robot nettoyeur d’une piscine….

Il faut d’abord comprendre son idéalisme ontologique, et comme je l’ai dit, il a tendance à voir le monde en quatre D, laissant aux autres la sphère du matérialisme. Cette quatrième dimension est un refuge et un piège. C’est un imaginaire merveilleux où tout est possible, où tout est beau et où tout est parfait. C’est un peu , comme s’il avait gardé un souvenir de l’Image divine avant son incarnation. Ce lui donne une certaine spiritualité, et une conscience du beau, du bien et de l’amour de l’autre, ce qu’il peut étendre aux animaux, par pitié et compassion (végan). L’adoption d’une règle religieuse peut être un bien pour structurer ce merveilleux qui en étant en friche, peut l’absorber et lui faire l’attrait pour le réel. La sublimation parfaite du modèle tuberculinique est représenté par la partie humaine de l’homme JÉSUS.

Mais tout le monde n’est pas fils de Dieu, et il faudra bien faire avec notre incarnation, et avec ce corps dont nous avons hérité. Et c’est là que les ennuis commencent, car si vous avez en vous une image de la perfection, cela risque certainement de vous compliquer la vie. Car le plus dur désormais sera de se contenter de ce que l’on a, et pire, de ce que l’on est.

D’ailleurs on peut ne jamais se « contenter » trouvant que c’est toujours mieux chez le voisin, ou « ailleurs ». Nos ancêtres n’avaient pas les mêmes préoccupations, car les leurs étaient plus vitales, trouver à manger, donc travailler, et survivre à toutes les maladies et tous les dangers. Ce n’est plus le cas dans notre monde uniformisé, presque sans maladie physique permise, sans problème nutritionnel majeur, avec une vie politiquement correcte, lissée, sans aventure ni surprise. La libre voie est ouverte aux dérives psychiques et aux névroses.

L’anxiété pour l’image de soi

De là va naître pour notre adolescent tuberculinique la problématique de la déception de son image : la forme de son corps, la faible musculature chez les garçons, la forme du visage chez les filles, l’acné disgracieuse ternissant encore plus sa présentation, et cela peut le conduire à penser qu’il est laid. Alors s’installent les complexes et la dysmorphophobie de l’adolescence, rendant plus difficiles les relations sociales chez ces jeunes plutôt timides. Vont s’instaurer une tendance au repli sur soi, à l’isolement, à un certain mutisme et une symptomatique dépressive, pouvant aller jusqu’à une attitude auto- destructive, avec idées de fuite ou de suicide au travers de conduites dangereuses.

Peut alors s’en suivre une grande susceptibilité. L‘estime de soi, instinct vital, n’est pas immédiate, mais devenue médiate devant le miroir reflété par les paroles ou le regard des autres, avec une méfiance qui lui laisse penser que personne ne l’aimera. L’éducation et l’attention maternelle peuvent jouer ici un rôle crucial dès les premières années, mais difficilement rattrapable à la puberté.

Pourtant, ces êtres sont doués d’une extrême sensibilité, ils sont romantiques et prêts à vivre les passions les plus folles, quitte à en souffrir, car dans la passion, plaisir et souffrance sont intimement liés. Et puis la passion peut se vivre dans l’imaginaire, enjolivée par les fantasmes de pureté et d’absolu, se contentant d’un minime support dans le monde réel.

Le problème du choix

Le choix est une des plus grandes difficultés de ce psychisme torturé. Je me suis souvent entendu dire, par d’anciens tuberculeux, « mais docteur, tous les choix sont bons« . 
Il faut cristalliser un choix dans le réel, et dans ce cas cela devient impossible, car il faut renoncer à tous les autres.
Ainsi donc, les rêves de l’adolescence, alors que toute profession est possible, par exemple, doivent se résumer à choisir l’une d’elle et de manière définitive. Deux rails et un butoir au bout, pas d’aiguillage en vue, et c’est alors la fin des espérances avec retour brutal à la réalité. Indiana Jones sera finalement chauffeur- livreur…Peuvent à ce moment survenir des décompensations psychotiques avec bouffées délirantes.

La procrastination

Nous avons déjà dit que ce personnage est diphasique, avec une alternance d’excitation et d’asthénie. Il est très irritable au réveil, surtout le lundi matin, il va et vient, avec une certaine peine pour se fixer sur un travail, le plus souvent par obligation. (Gaston la gaffe…) Par contre, vite fatigué debout, avec une concentration et une mémoire de faible intensité, il devient conscient de son efficacité réduite, et anxieux de son improductivité. Lors d’un travail pénible à commencer, il est pris de découragement devant l’effort cérébral à fournir. Il est alors prêt à se détourner vers des tâches ingrates mais distrayantes, Il peut ainsi tourner des heures autour du pot, toujours écartelé par deux angoisses, celle de l’énergie à fournir, et celle de l’obligation finale de l’effectuer.

Il peut alors en fin de soirée, s’y mettre alors fébrilement, plus efficace que jamais dans l’urgence. Cet épisode peut rappeler la fébrilité vespérale de la tuberculose, toujours accompagnée d’anxiété.

Toute tentative un peu insistante pour le mettre en action, peut déclencher une bouffée d’angoisse et un raptus de colère, avec réaction agressive. l’acting out libératoire est suivi d’une phase de dépression avec désespoir et pleurs, voire tremblements et sueurs.

La page blanche

J’ai eu l’occasion de rencontrer dans ma longue carrière des artistes, surtout des peintres, et de nombreux étudiants en difficulté. Le jugement de l’autre est une épreuve insupportable, car il est la double peine, car la toile va être critiquée, la copie va être notée. Là encore l’estime de soi, soi fragile, va en prendre un coup. Alors, on imagine le dessin, on prend le pinceau, et après une longue réflexion, on pose le pinceau et on va faire autre chose, en traînant un peu des pieds. J’ai rencontré une jeune fille qui s’était bien préparée à une épreuve de BTS, elle s’est présentée, a lu la question, et a posé son stylo. A ce moment précis, elle s’est mise à penser « à ses amis, passés, présents et futurs » .C’est ce jour là que j’ai enfin compris Tuberculinum. La page blanche permet de garder le bénéfice du doute, aussi bien aux yeux de l’autre que pour son propre jugement, car à ce stade, toute nouvelle dévalorisation serait mortifère.

Les peurs

L’anxiété profonde du sujet Tuberculinum, le pousse à ressentir de nombreuses peurs, classiquement la peur dans l’enfance des grands chiens noirs (symbole de sa propre violence enfouie ?) Mais d’autres peurs l’assaillent, celle qu’il arrive quelque chose, celle d’une catastrophe proche (Actea Racemosa), celle d’avoir à prendre une décision, une initiative, avec une perte d’adaptation au monde qui l’entoure. Que faire, quand on est ni manuel, ni intellectuel, dans un monde de productivité, à part défendre le travail des autres ? De là à se sentir inutile, dévalorisé, à la charge d’un entourage excédé, il en rêve de s’en aller, de disparaître. « Se délivrer en délivrant les autres….quand on ne peut même plus compter sur la diligence du BK pour vous rendre ce service » (Dr Jacqueline Barbencey)

L’exigence sur l’amour

Un pan du psychisme de Tuberculinum, n’apparaît pas dans les matières médicales, à savoir la faille de son affectivité. Pour peu qu’il soit teinté d’un peu de Lycopodium, une exigence envers un amour absolu l’envahit, ce qui sera d’ailleurs un de ses enfers personnels. Cela peut se comprendre quand on connaît la vie des anciens tuberculeux. Dans les années 70, il n’était pas rare de rencontrer des personnes qui avaient passé deux ou trois ans de leur enfance dans un sanatorium, loin de leurs parents et surtout de la fratrie restée. Ils étaient contagieux, et éprouvaient un sentiment de rejet, même par les soignants. Lorsqu’ils étaient enfin libérés, ils rentraient chez eux, mais constataient que le trou s’était refermé derrière eux, et que la famille avait vécu beaucoup d’événements sans eux. C’est plutôt « E.T. rentre à la maison ». Ils ressentent l’impression d’être étranger dans leur propre famille, d’où un comportement schizoïde. Rien d’étonnant à ce qu’ils demandent plus de signes de respect et d’amour. C’est un peu comme si la toxine tuberculinique portait en elle l’idée du rejet social, comme l’Arsenic véhicule l’idée de la mort.

Il faut alors l’aimer comme il veut, quand il veut, et pas quand on le dérange. Cette notion de dérangement dans son état passif étant générale, dans la mesure où il ne supporte aucune contrainte, surtout physique, pouvant entraver son désir inné de liberté. C’est l’enfant qui veut que sa mère lâche sa vaisselle pour lui faire un câlin « tout de suite », mais qui peut lui balancer un ours si ce n’est pas le bon moment pour lui. Ce sont des enfants tyranniques et despotiques. (TK 15 CH)

Les réactions en amour du sujet Tuberculinum sont quasiment imprévisibles, et je peux assurer que ce sont des cyclothymiques (voire bipolaire) de la relation amoureuse, tantôt romantiques passionnés, tantôt critiques ou jaloux, tantôt désespérés et boudeurs, avec des alternances dans la même journée. Eux mêmes ne savent pas se définir.

Le don

Parfois la décompensation n’est pas aussi profonde, mais partant de la constatation que sa quête amoureuse prend une issue de plus en plus incertaine, il se met à commencer à s’intéresser aux autres. Et par un curieux renversement de flux, de trou noir amoureux, il devient une fontaine de fluide brillant et curateur : l’amour qu’il donne aux autres par le don de soi. Ce tuberculinique décide de faire de l’humanitaire et devient enfin joyeux des sourires gratifiants de ceux qu’il a aidés. Les psychiatres ont une expression un peu péjorative en appelant cette tendance altruiste le syndrome du « missionnaire ».

Ainsi Jacqueline Barbancey conclut en affirmant: « menacés mais enthousiastes, vulnérables mais idéalistes, a mi- chemin entre le rêve et la réalité, épris d’harmonie et de beauté, il y a aussi des tuberculiniques heureux… »

Je rajouterai, qu’au milieu de toutes les sciences médicales, la médecine homéopathique est de loin la plus tuberculinique, ainsi que le médecin qui la pratique, lui qui est taxé de marginal de la pensée médicale.

De plus le remède homéopathique n’est-il pas tuberculinique, puisqu’il hésite, lui aussi, à s’incarner dans la matière ?…

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